Surprise !

Sarah, la veuve était ravie. Elle considérait les très nombreuses cruches, vases, amphores qui étaient maintenant remplies à ras bord de cette huile miraculeuse. Ses deux fils, comprenant tout d’un coup qu’ils ne seraient pas pris comme esclaves dansèrent de joie autour des récipients pansus. Oui, grande était la joie de cette famille qui craignait le Seigneur et que celui-ci avait secouru. Tous les trois se prosternèrent pour remercier leur Créateur et son grand Prophète Elysée.

A quelques temps de là, une voisine vint visiter la veuve. Celle-ci lui expliqua comment le miracle s’était produit, de quelle façon le Seigneur avait eu pitié d’eux et comment il était intervenu en leur faveur par l’intermédiaire de son Prophète. Tout en parlant, Sarah observait la voisine. Celle-ci avait pris un air pincé. La veuve se dit qu’elle devait être jalouse.
- C’est bien beau tout ça, mais moi, je t’aurais bien pris ton aîné David, comme esclave, pour travailler dans la petite mine de sel que j’ai au fond de mon terrain.
- Je suis sincèrement désolé, lui dit la veuve.
- Ce sera pour une autre fois, quand vous ne pourrez plus payer les traites de votre nouvelle télé à écran plat qui trône au fond de votre séjour ! En attendant, rendez-moi mes deux jarres et ma vieille amphore. J’y tiens, ce sont des souvenirs de famille.
- Achetez-moi l’huile qui est dedans, alors, lui dit Sarah. Elle vous parfumera divinement vos magnifiques cheveux.
Madame Michu s’approcha de sa vieille amphore, se baissa pour sentir les effluves dégagées par l’huile miraculeuse.
- Quelle horreur !!! Jamais je ne confierai ma splendide chevelure à ce genre de liquide.
- Alors, utilisez-la pour vos salades, lui dit la veuve avec une grande humilité. Tenez, goûtez-là, voici une louche que le créancier m’a laissée.
Madame Michu, avec une grande méfiance trempa la louche dans l’amphore. La portant à sa bouche, elle en but une quantité minuscule.
- Pouah ! Elle n’est même pas bonne pour les esclaves de ma mine de sel, dit-elle en recrachant le liquide. Il t’a eu ton Elysée ! Elle est dégoûtante cette huile. Il n’y a même pas un soupçon d’oméga trois là-dedans.
Effondrée, Sarah s’écroula sur l’amphore, mêlant ses larmes à l’huile de baleine.