Réseau social ?

- Tiens, ce week-end, je suis allé voir le film The social network, au quartier latin. C’est géant ! Ce Mark Zuckerberg, quel type ! Tu te rend compte : un milliard d’adhérents…
En même temps qu’il exprimait son admiration, Yann alluma une cigarette. L’odeur qui s’en dégageait ne pouvait tromper personne.
- Et moi, tu m’oublies ?
Distraitement, l’étudiant autorisa son camarade à tirer une ou deux bouffées. Il se rapprocha de la fenêtre qui donnait sur le parc du campus tout imbibé de pluie.
- Quand même, ce type, il est génial ! Tu n’as pas l’air d’accord mon Stéphane ?
- Ouais, mais c’est quand même un beau salaud. Tu as vu la façon dont il a roulé ses associés ?
- Mon vieux, si c’est vraiment ça que tu penses, il ne fallait pas intégrer une école de commerce. Tu te sentirais peut-être mieux chez Emmaüs ?
Blessé par la question, Stéphane contre attaqua.
- Yann, espèce d’idiot ! Je pense seulement qu’on doit pouvoir combiner les affaires avec une certaine éthique. Non ?
- Ethique ? Ethique ? Qu’est-ce que ça veut dire à l’époque d’Internet et des réseaux sociaux ? Toi, t’en es resté au temps des Grecs : l’Ethique à Nicomaque et Aristote, c’est dépassé !
Yann se mit à faire les cent pas dans la petite chambre, du bureau à la fenêtre, de la fenêtre au bureau. L’envol de ses idées semblait se heurter à la paroi vitrée. Stéphane se leva, comme pour quitter la pièce.
- Non, attends, reste encore un peu. De la discussion peut jaillir la lumière.
- Ah oui, mais comment tu le verrais ton beau projet ? L’idée est déjà prise non ? Tu voudrais lancer un réseau social français concurrent ?
La démarche de Yann s’accéléra. Stéphane comptait : quatre pas vers la fenêtre, quatre pas vers le bureau, quatre pas…
- En parlant de Grecs, tu sais que c’étaient, comme toi, des péripatéticiens : ils philosophaient en marchant.
Yann n’écoutait plus. Il s’arrêta, ouvrit la fenêtre par laquelle s’envola la fumée.
- Et pourtant, il doit bien y avoir une solution, merde de merde !
- Mais puisque l’idée des amis est déjà prise, insista Stéphane en se rasseyant.
- Mais, oui, c’est ça. Bien sûr qu’elle est déjà prise !
Yann s’était donné une grande claque sur le front.
- Tu vois que ce n’est pas la peine…
- L’idée des amis oui.
- Et alors ?
- Mais pas celle des ennemis !!! Mon site s’adressera aux meilleurs ennemis. Un réseau antisocial… Tu te rends compte du tabac que ça va faire ?
- Ah oui et tu vas l’appeler comment ton réseau ?
- Attends… Partons de Facebook… Pourquoi pas… Assface ?
- Assface ? Comme Face de c… ?
- T’as tout pigé mon vieux !