Lieutenant de Victoria

C’est en avril 1867 (vérifier) que le lieutenant Timothy (prénom anglais original) Osborne arriva à la ville de X dans le Bengale Occidental. C’était son premier poste depuis sa sortie de l’académie militaire de Sandhurst et ses excellentes notes lui avaient permis de choisir son unité et son lieu d’affectation. Il avait donc élu le fameux régiment du Premier Lancier (vérifier), en garnison au Bengale, à trois jours de route de Calcutta.

Pendant toute la durée de la traversée sur le City of London, Timothy n’avait cessé de penser à cette arrivée à X et à ses futures taches d’officier de la glorieuse armée des Indes. La reine Victoria devenue Impératrice de ce pays-continent avait rétabli la paix après la sanglante révolte des Cipayes (vérifier année). La peur de Timothy, c’était qu’il n’y ait plus d’occasion de combattre pour sa Reine, d’occasion de prouver sa valeur militaire. Pendant les nuits moites de la traversée, le jeune lieutenant avait souvent rêvé qu’à la tête de sa section de lanciers, il prenait d’assaut le fort de Z, (vérifier) occupé par les Cipayes rebelles et que, pour cet exploit, il était décoré de la Victoria Cross (vérifier). C’est donc le cœur plein d’ardeur guerrière qu’il se présenta au Commandant (grade anglais équivalent) Y, responsable des nouvelles recrues. Après une visite rapide de la garnison, le Commandant l’introduisit dans le bureau du Colonel, le « père du régiment ».

La mousson approchait (vérifier) et l’humidité extrême rendait la chaleur difficilement supportable. La chemise de Timothy était toute tachée de sueur. Le Colonel XX l’accueillit en ces termes :
- Bienvenue au Premier Lancier de sa Majesté Lieutenant. Mettez-vous à l’aise. Le Commandant Y vous a fait visiter le régiment et expliqué votre travail. Mais sachez que nous sommes maintenant en paix, ici au Bengale. C’est pourquoi le soir après les exercices, nous pouvons permettre de nous distraire. De ce point de vue, nous sommes très organisés. Par exemple, les lundis nous nous entraînons au bridge pour pouvoir participer à des tournois avec les autres régiments de la province. Etes-vous bridgeur Lieutenant ?
- Pas vraiment, mon Colonel, je n’ai jamais mordu aux cartes, dit Timothy en se ventilant avec son casque (vérifier).
- Tant pis, mais vous aurez bien d’autres choix. D’habitude les mardis nous nous pratiquons le polo. Notre équipe première est une des meilleures du Bengale. Peut-être en ferez-vous partie ?
- Hélas mon Colonel, à Sandhurst j’ai été obligé d’arrêter le polo après une mauvaise chute et depuis je n’ai pas repris. Des odeurs de curry provenant du mess tout proche s’ajoutaient maintenant à la touffeur de ce bureau. Les narines délicates de Timothy se plissèrent de désagrément.
- Je comprends lieutenant, le Colonel s’efforçait de rester souriant, cependant, il y a des soirées que vous ne pourrez pas rater. Souvent le mercredi soir nous allons assister à des danses traditionnelles au village de ZZ. Les jeunes filles qui les exécutent sont d’une rare beauté. Je suis certain que vous apprécierez ce genre de distraction affirma l’officier en essuyant un front dont les gouttes menaçaient les documents alignés sur son bureau, comme soldats à la parade.
- Mon Colonel, je suis venu ici pour me battre et…
De surprise, l’officier se leva :
- Vous ne seriez pas homosexuel au moins ?
- Oh, non, pas du tout mon Colonel !
- Alors je vois que vous n’apprécierez pas, non plus, nos soirées du jeudi !

D’après les documents officiels, c’est en mai 1867 (vérifier) que le lieutenant Timothy Osborne fit sa demande de rapatriement. Il termina sa carrière comme caporal de la milice territoriale du village de K.