Les bousiers

Les bousiers ou scarabées, sont des insectes coléoptères coprophages. Ils se nourrissent exclusivement d’excréments…
C’est vraiment le moment de me rappeler cette définition tirée de mon encyclopédie, car maintenant, c’est moi qui suis dans la merde…

Quand j’étais jeune, je me promenais en forêt avec mon chien. Je devais faire attention où je posais les pieds car après le passage des chevaux du club hippique voisin, de nombreuses bouses jonchaient les sentiers. Dans cette matière nauséabonde, des insectes s’agitaient. Ce sont les éboueurs de la forêt.

De nombreux scarabées bousiers façonnent des morceaux de bouse sous forme de pelotes sphériques…
Moi aussi, j’avais réussi à me faire une belle pelote. J’avais lancé mon entreprise de nettoyage en tous genres qui marchait très bien. Les bousiers m’avaient inspiré.

Lorsqu’un mâle cherche à s’accoupler à une femelle, il lui offre en cadeau une pelote géante…
Foutue femelle ! Je n’aurais jamais dû lui permettre d’y toucher à ma grosse pelote. Quel idiot j’ai été de lui donner procuration sur mon compte.

Tous les scarabées semblent programmés pour déplacer leur fardeau en ligne droite, quels que soient les obstacles rencontrés.
Dieu sait que j’en ai rencontré de ces obstacles merdiques dans ma chienne de vie. Mes concurrents ne m’ont pas fait de cadeau. De beaux salauds, oui !

Pendant le transport de la pelote, d’autres scarabées sont à l’affût, cherchant à voler la nourriture…
C’est son type qui lui a donné l’idée. Ils ont vidé mon compte et ils sont partis mener la belle vie à Copacabana.

L’Egypte a vénéré plusieurs sorte de bousiers, en particulier le « Scarabaeus sacer », le scarabée sacré.
Justement, l’Egypte je voulais qu’on y aille en amoureux : je rêvais d’une croisière sur le Nil, sous le clair de lune. Elle m’avait répondu : « Pourquoi pas ? ». Mais huit jours après, mon compte était vide.

Au début de l’automne, de très nombreux bousiers finissent leur vie, sur le dos, sans pouvoir se redresser.

Quand je voyais que leurs pattes s’agitaient encore, pris de pitié pour cette sorte de collègues, je les remettais d’aplomb pour leur laisser une seconde chance.
Aujourd’hui, je suis à l’automne de mon existence. J’ai quatre-vingt huit ans et je vis seul dans cette maison. Le téléphone me nargue : je suis tombé sur le dos et j’ai beau agiter mes jambes et mes bras décharnés, je n’arrive pas à me redresser pour l’attraper. Aurai-je droit à une seconde chance ?