La pécheresse

La scène se passe dans une église silencieuse. Entrent un homme et une femme d’une quarantaine d’années.

Lui : viens par là.
Elle : où ça ?
Lui : ici !
Elle : dans le confessionnal ?
Lui : moins fort !
Elle : (aussi fort) Ca va pas la tête !
Lui s’installe dans le confessionnal. Il fait semblant de mettre une étole.
Lui : je vous écoute mon enfant.
Elle, soudain illuminée, s’agenouille du côté des pénitents.
Elle : mon Père, je m’accuse…
Lui : c’est bien ma fille, dites-moi tout.
Elle : mon Père, j’ai beaucoup péché.
Lui : par pensée ? Par action ? Par omission ?
Elle : tout ça mon Père, j’ai fait tout ça. Avec lui.
Lui : je vois ma fille. Y avez-vous pris du plaisir ?
Elle : oh, oui, mon Père ! Oh, oui, beaucoup de plaisir.
Lui : je vois. Et le péché a-t-il été répété ?
Elle : chaque semaine, mon Père ; nous nous sommes vus chaque semaine.
Lui : et cette vie de pécheresse a duré longtemps ?
Elle : un an, environ. Mais cela me paraît maintenant un éclair.
Lui : avez-vous ma fille le sentiment de vivre en état de péché mortel ?
Elle : oui mon Père. Surtout quand nous pratiquions le culbuto japonais, j’adore ça !
Lui : je vois ! Bien sûr, c’est plus grave que le missionnaire, ma fille.
Elle : oui, mon Père, mais c’est tellement meilleur !
Lui : et maintenant, ma fille, qu’avez-vous à me dire pour me prouver votre contrition de pécheresse ?
Elle : arrête, salaud ! J’ai envie de toi. Je ne me contrôle plus. Tu divorces, oui ou non ?
Elle se lève et se précipite sur lui.