Gaudeamus !

Peut-on encore éprouver des moments forts quand on est toujours en vacances, en tant que jeune retraité ?... Le risque n'est-il pas de ne plus apprécier ces Dons de la Vie, à force de quotidienneté ? Normalement, les vacances ne sont des vacances que par rapport à un travail. Et les week-ends ne le sont que par rapport à une semaine laborieuse... Je suis sûr que vous mes amis qui êtes dans la même situation, me comprenez.

C'est pourquoi, je veux vous faire partager quelques impressions d'une sortie à cheval. J’en ai fait beaucoup mais ce jour-là, je me suis demandé si je savais en profiter vraiment. Savais-je les vivre comme si quelque chose pouvait arriver, qui fasse qu'elle soit ma dernière ?... N’est-ce pas un peu ce que l'on éprouve à la fin d'une randonnée d'une semaine, quand on se sépare de son compagnon à quatre pattes, quand on le caresse une dernière fois, en songeant à tous ces bons moments vécus ensemble ?

Donc, j'essaierai de ne jamais oublier ce départ dans l'air encore glacé du matin. Ce ciel d'un bleu de décor de théâtre. Les chevaux, tout excités par le froid, qui veulent absolument nous "prendre la main" pour s'élancer sur le chemin. Cette lutte pour les discipliner fait partie du plaisir d‘être à cheval, même si, sur le coup, on pense surtout à rester en selle. D‘ailleurs, un jour ne faudrait-il pas accéder à leur désir, libérer toute cette puissance contenue et voir jusqu‘où ils seraient capable d'aller ? Lancés avec toute la vitesse dont je les sentais capable ce matin-là, aurions-nous trouvé nos limites ? L’Horizon, ce Grand Trompeur aurait-il eu cette fois encore, le temps de s'esquiver ? Ou bien l'aurions-nous atteint par surprise ?

Comment savoir ? En tout cas, nous avons quand même permis à nos montures de s'exprimer, de faire vibrer leur merveilleuse mécanique. Et là quelle joie, quel plaisir de passer du pas contraint a un trot agité, puis au galop, et du galop au grand galop. Le vent nous embrasse avec fougue : je perçois cette "bise" entre caresse et morsure tellement il fait encore froid. Je m’aperçois que je réponds aux avances du vent par un grand sourire. L'esprit radieux, j’imagine que toute cette puissance que je sens sous moi est à son maximum. Eh bien, non ! Nous accélérons encore. Je me dis que c’est peut-être le galop le plus rapide de ma vie de cavalier. Un galop tellement naturel, spontané, heureux de vivre que j'essaie de ne pas gêner ma jument, de ne pas intervenir, d'être seulement posé sur ma selle, de me laisser aller, face au soleil qui tache le ciel bleu.

Comme c‘était fort l Mais il y a eu beaucoup d'autres joies. La présence des animaux en est une, pour nous, pauvres citadins "dénaturés". Un couple de perdrix s'envole en nous rasant la bombe. Un faisant, lui, choisit de s'éloigner de son vol lourd pour nous laisser le temps d'admirer son plumage en "Technicolor". Merci Faisant ! Mais les créatures les plus coopératives ont été les chevreuils. Beaucoup se sont produits de loin, en de joyeuses gambades. Mais une harde a tenu à se faire admirer de très près. Nous étions en plein labours, entre deux massifs boisés. Voila que six chevreuils foncent sur nous ! C‘est le monde a l'envers. J‘allais pour leur dire que cela ne se faisait jamais, quand, brusquement, ils ont tourné les sabots pour s'enfoncer dans les bois. Quelle émotion...

En revanche LE sanglier promis ne s'est pas présenté. A-t-il eu un empêchement, s’est-il réveillé en retard ?
Nul ne le saura. C’était la seule (petite) déception de cette journée. Pour se racheter, notre guide nous raconte une randonnée au cours de laquelle il a eu l'occasion de galoper parmi des autruches. !!!???? Où ça, ? En Namibie, au Zimbabwé ‘? en Afrique du Sud ? Raté de 15.000 km ! C'était dans le Loiret et les autruches de l'élevage local étaient séparées des chevaux par un grillage.

Plus tard, nous nous retrouvons a vingt-cinq pour déjeuner, dans une ferme où flambe un grand feu. Ce sont d'autres satisfactions amicales et gustatives. C'est là que le mot co-pain (2) prend toute sa signification.

Retour plus calme, mais à vive allure quand même. Quelle énergie dans 1'avoine !... Le corps est satisfait, repu de calories et d'exercice. L‘esprit, lui, philosophe en regardant s‘a1longer les ombres que le soir dessine dans les labours, dans les prés.

Ce jour-là le Bonheur y était.
Il aurait été dommage de ne pas lui galoper après.
Oui, ce jour-là, nous l'avons effleuré.
La prochaine fois, par Saint Georges c'est juré, nous 1'attraperons !

(1) Réjouissons-nous
(2) Cavalier avec lequel on partage le pain