Baptême

Brouhaha de l’accueil dans une chapelle de l’église Notre-Dame de Versailles… Le parking de la place du marché continue de régurgiter des voitures qu’il n’a pu absorber et la marraine est en retard. Tant pis, l’homme de Dieu décide de commencer.

- Quel nom avez-vous choisi pour votre enfant ?
Petit tumulte dû à l’arrivée de la marraine.
- Que demandez-vous pour Lucile à l’Eglise de Dieu ?
Les jeunes parents échangent un regard, et, après une hésitation :
- Nous demandons le baptême.
- Lucile, viens et entre maintenant dans la maison de Dieu.
- Dieu nous accueille en sa maison…
Elles sont peu nombreuses les voix qui s’élèvent de l’assemblée. L’oncle du bébé en profite pour vérifier ses messages sur son téléphone portable.
- Vous avez entendu, dans l’Evangile de Saint Marc que je viens de lire, que Lucile est déjà une amie du Seigneur : Jésus exige qu’on laisse venir à lui les petits enfants.
Les yeux du père interrogent de nouveau ceux de la mère : faudrait-il… ?
- En tant que parents, promettez-vous d’élever votre fille Lucile dans la foi catholique ?
L’instant d’hésitation du père semble de trop à l’homme d’église.
- C’est-à-dire que…
- Oui. Oui, bien sûr, admet son épouse.
La marraine, le visage humide d’émotion présente la petite au prêtre. Est-ce le bruit, est-ce le froid qui règne dans la chapelle, est-ce le visage sévère de l’homme d’Eglise ? Ce ne sont plus des vagissements qui émanent maintenant de la petite robe blanche mais des cris tels que même Jésus aurait repoussé l’enfant.
- Lucile…
La marraine voudrait intervenir, mais le prêtre pense que c’est pour calmer le bébé. Il continue.
- Lucile, en te versant cette eau sur ton front, je te fais entrer dans la grande communauté des baptisés.
Les pleurs de l’enfant redoublent. Refuserait-elle la chance qui s’offre à elle ? Se tournant vers l’assemblée, le célébrant la bénit d’un geste large.
- Et maintenant, que les parents, les parrain et marraine, viennent signer le registre de baptême, au nom de Lucile qui ne peut encore le faire.
- C’est que… se risque le père…
- C’est-à-dire… hésite la mère…
- Ce n’est pas son… bégaye le parrain…
Rouge de confusion, la marraine, d’un seul jet :
- Mon père, en fait ce n’est pas Lucile, mais c’est Lucie qu’elle s’appelle !