Allez France !

« Il paraît que j’ai un problème de micro. M’entendez-vous Paris ? Oui ? Bien. Ici Fabrice Ravi qui vous parle de Parmisch. L’instant est absolument capital. Nous sommes dans le magnifique site de la descente Olympique. On dirait que toute la splendide station de Parmisch-Gattenkirschen s’est parée pour la fête. Oui pour fêter la victoire du Français Pierre Chousse qui va prendre le départ dans quelques minutes. C’est le moment tant attendu par deux milliards de téléspectateurs. Ils vont boire des yeux cet instant historique. Historique, en effet, que la course du grandissime favori de l’épreuve reine de ces Jeux Olympiques. Oui, le Français Chousse va s’élancer. Il y a six mois, il a écrasé tous ses rivaux aux championnats du monde d’Aconcagua City. Son masseur m’a confié, sous le sceau du secret, qu’il était dans une forme littéralement olympique… Le voilà qui se présente au portail de départ. Il sourit aux caméras. Quelle décontraction ! Faut-il qu’il soit sûr de lui ! Il fait un signe à tous ses supporteurs qui le regardent ici et à la télévision. Toutes les grandes chaînes mondiales se sont données rendez-vous à Parmisch. Plus que quelques secondes pour entrer dans l’Histoire ! Le voilà qui s’élance. Le chronomètre est déclenché. C’est parti pour trois minutes de bonheur absolu. Ce matin, il m’a confié que son secret c’était un petit verre de Junipi, juste avant la course. En effet cette boisson à la gentiane est fabriquée artisanalement dans son village de Tonchavin. Magnifique premier virage. Le style est plus que parfait ! Il a pris la position de recherche de vitesse alors qu’aucun de ses concurrents n’arrive à la tenir sur cette partie de la descente. Oui, toute la France peut être fière de ce magnifique champion. J’ai à côté de moi Gérard, le préparateur de l’équipe de France. On l’appelle le « sorcier du fart ». Il m’a dit que sur les skis de Pierre Chousse, il avait appliqué un savant mélange pour tenir compte de la neige glacée. Et voici le saut du diable : splendide envolée de Pierre. On dirait un faucon fonçant sur sa proie : la Victoire. Oui Gérard votre fartage magique fait effectivement des merveilles : on voit bien que les skis de Pierre Chousse collent à cette neige glacée comme la mouche à la vitre, le boulon à l’écrou, la vis à la cheville et le ciment au parpaing. Et voici qu’il aborde le mur des disparus. Brrr… Rien que ce nom me glace la moelle épinière ! Il va le passer avec sa maestria habituelle : l’efficacité alliée à l’élégance. Du très grand ski, comme on a rarement vu dans l’histoire de ce sport. N’est-ce pas Gérard ? Aie.. Aie… Aie !!!! Voilà qu’il a littéralement éclaté, à cent vingt à l’heure ! Catastrophe. Il glisse sur plus de deux cents mètres. Il a perdu ses skis. Il doit être sérieusement blessé ! Mais non, groggy seulement. Il s’est relevé. Il fait un signe de la main pour dire que tout va bien. Quelle peur ! Quelle déception ! Pour lui ! Pour la France ! Pour tous les Français qui croyaient en son étoile.

Mais dans « Jeux Olympiques », il y a jeux, ce ne sont que des jeux après tout. Qu’y a-t-il de moins important qu’un jeu ? Ne pas s’attacher à ces trucs brillants que les hommes appellent médailles.… D’accord avec Pierre de Coubertin, nous disons que le principal c’est de participer. Mais cet après-midi, nous avons le très grand espoir français Kevin Kislans qui participe à l’épreuve de ski de fond des dix kilomètres. C’est une formidable chance pour la France et le pays tout entier sera là ou au moins devant son poste pour… »